"Elles sont à vous ?" - Paris -> New Orleans - J1
Samedi 28 juillet 2018
En ce samedi matin, 6h50, nous sommes fin prêtes, malgré une nuit agitée car la température dans l’appartement n’est pas descendue au-dessous de 30°C. Mais on se console en se disant que ça nous servira de phase d’acclimatation en prévision du climat chaud de la Louisiane. Nous descendons jusqu’à la gare, faisant rouler au milieu de la rue nos valises de 16 et 18 kg. Il faut dire que Lolotte doit avoir environ 5 kg de café dans la sienne, pour ravitailler Christine. Elle stresse un peu qu’on ne soit pas assez en avance, mais comme je stresse aussi de rencontrer un problème avec les transports, j’ai quand même prévu large.
Oui, nous sommes deux stressées de la vie. So what ?
Finalement, tout s’enchaîne bien : train, RER E, puis RER B direct. Nous débarquons donc à Roissy à 8h15 comme prévu. Il y a beaucoup de monde et une belle queue pour l’enregistrement des bagages. Nous dénichons les comptoirs de Delta qui font face à ceux de MEA et Vietnam Airlines… Vers lesquels on nous oriente. Je n’ai rien contre la perspective de repartir au Vietnam, m’enfin, c’est pas trop l’idée du moment. Mais comme il n’y a pas eu d’objections devant nos billets, ça devrait aller. Des agents régulent les files d’attente en faisant passer les familles avec mineurs d’un côté, les autres voyageurs de l’autre. Lorsque Lolotte passe à son tour, l’agent lui demande, en désignant les filles derrière elle : « Elles sont à vous ? » Lolotte se retourne. Les filles en question doivent bien avoir dix-huit ou vingt ans !
Monsieur, je crois que vous l’avez vexée…
L’enregistrement se passe sans encombre, nous récupérons nos cartes d’embarquement pour l’aéroport International Louis Armstrong New Orleans (MSY) avec escale à New York. Au passage, on nous annonce que nous devrons récupérer nos bagages à JFK pour passer les formalités de douane et d’immigration, puis les ré-enregistrer pour la suite du voyage. De quoi mettre juste le petit coup de pression qu’il nous manquait.
En attendant d’embarquer, nous nous posons enfin pour prendre un petit-déjeuner. Assez court, puisque l’embarquement sur Delta est déjà annoncé.
Alors Delta, c’est un peu le Iberia américain. En arrivant, tu te dis « Chouette, il y a des écrans individuels avec plein de films, de séries, de jeux, de musique, le trajet de l’avion, etc. » Jusqu’à ce que tu réalises que ton écran tactile n’est pas très tactile. Disons, qu’il faut bien insister sur les touches. Mais j’ai quand même réussi à voir deux films, alors que l’écran de Lolotte qui semblait bien fonctionner au départ s’est rapidement mis en grève jusqu’à l’arrivée. C’est long, un vol Paris-New York dans ces conditions.
Nous atterrissons à JFK à l’heure, et là, on est au taquet toutes les deux, surtout depuis qu’on sait qu’on doit passer l’immigration, récupérer les bagages, passer la douane, redonner les valises pour le vol suivant. Et que le transit est assez court.
Dans la file d’attente, on aperçoit un panneau « 60 min d’attente ». Ça y est, Lolotte flippe pour la correspondance. Moi, j’essaie de faire comme Marie-Pierre, détendue, no stress, pour compenser. Mais j’ai pas encore assez d’années d’entrainement. Puis, en avançant, nous nous apercevons qu’on peut passer par la file des voyageurs qui reviennent aux Etats-Unis avec un ESTA. Et là, c’est seulement 10 min d’attente. Effectivement, nous voilà rapidement devant des … machines. Ça a bien changé, le contrôle d’immigration. Chacune notre tour, il nous faut scanner le passeport, scanner les empreintes digitales, faire la photo … sans lunettes. C’est malin ! Comment voulez-vous que je voie où je dois appuyer et si la photo est bonne si je ne mets pas mes lunettes ??? Comment voulez-vous que je lise les instructions ? Grand moment de solitude. Heureusement, Lolotte est là pour venir à mon secours. Puis il faut encore répondre aux questions de l’ancienne fiche verte sur le terminal. Munies de notre reçu imprimé avec photo, nous récupérons les valises et passons la douane. C’est là que je m’aperçois que mon anglais est un peu rouillé. Je cherche mes mots. Ça manque de fluidité. Mais je comprends, c’est déjà pas mal. Une fois sorties de la zone sous douane, nous déposons les valises au comptoir Delta et montons dans le hall des départs… où nous repassons la police. J’ai droit au test de poudre sur les mains, tandis que Lolotte est fouillée. Oui, c’est toute une aventure, de voyager avec nous. Mais peu importe, nous franchissons l’obstacle et pouvons enfin embarquer sur le 2ème vol dont la porte est bien sûr à l’autre bout du terminal.
Au moment d’embarquer, la carte de Lolotte ne passe pas. Il s’agit de la carte imprimée à Roissy. Ça semble lié au fait que nous venons d’un vol de connexion. Pourtant, la mienne passe sans problème. Mais bon, je vais attendre avec ma copine, si vous permettez. L’hôtesse nous fait patienter le temps de contrôler d’autres passagers, appelle le helpdesk, fait quelques manipulations, et ressort une nouvelle carte d’embarquement valide. Allez, dans 2h30, nous serons à La Nouvelle-Orléans.
En arrivant, nous survolant une immense étendue d’eau au milieu de laquelle émerge ... une route. C’est quand même long pour un pont. Comme si la route s'avançait au milieu de la mer. C’est impressionnant. On ne voit même pas la côte. Nous apprendrons un peu plus tard dans la soirée qu’il s’agit du lac Pontchartrain qui est effectivement traversé de part en part par une autoroute qui relie La Nouvelle-Orléans à Mandeville, au nord. Nous atterrissons à MSY en traversant des gros cumulo-nimbus qui laissent présager un beau petit orage à venir, et récupérons nos valises comme des fleurs à 17h30. Moi qui pensais que ce serait plus long, j’avais réservé la voiture pour 19h00. Du coup, on est en avance. Mais, après avoir envoyé un message à Christine pour lui signaler que nous sommes bien arrivées, nous décidons d’aller quand même au bureau de location, « au cas où ». Déjà, le monsieur, nous fait remarquer qu’on est en avance. Ben oui, on sait. Mais on peut attendre, si ça pose vraiment problème. Ensuite, il veut nous faire payer un supplément pour le deuxième conducteur. Sauf que dans ma réservation, il était inclus. Ah oui, c’est vrai. Tout ça pour finalement nous dire que c’est ok, on peut aller prendre la voiture.
Au garage, l’employée nous annonce que comme il n’y a pas de voiture « Compact » disponible, nous sommes surclassées. Au moins, on n’aura pas à jouer au Tetris avec les valises. Ça rentre dans le coffre comme dans du beurre.
Je me mets au volant et sors l’arme ultime : mon téléphone muni de l’application « Here » sur laquelle j’ai téléchargé les cartes de la Louisiane, du Mississippi et du Texas en guise de GPS. Ben heureusement que le GPS existe. Parce que pour aller chez Christine, c’est pas compliqué, mais faut connaître. Personnellement, je ne me serais jamais aventurée par là toute seule, tant les rues sont défoncées. Pourtant, le coin n’est pas désagréable : un petit quartier résidentiel de maisons typiques. Comme les autres, la maison de Christine est toute en bois, légèrement surélevée, avec un seul niveau, et toute mignonne. Et elle a la clim ! Oui, parce que en sortant de l’aéroport, on a eu un choc thermique : chaleur et humidité tropicales sous des nuages d’orage. Vous voyez un peu le tableau. Et là, la clim de ta voiture surclassée, tu l’aimes.
Ça y est ! On est arrivées ! Retrouvailles émues, joyeuses, bruyantes. Enfin, pour moi, c’est « Bonjour, ravie de faire ta connaissance, super sympa de m’accueillir ». Mais avec Lolotte, elles sont comme des folles, les deux. Il y a aussi là André, le papa de Christine, et Alain, un de ses copains. Ils sont venus de France passer quelques jours et repartent bientôt. Ils vont aussi l’aider à déménager, car normalement, d’ici deux jours, elle change de logement pour se rapprocher du centre et avoir un appart qui fasse un peu moins courant d’air. Parce qu’ici, on voit le jour à travers les lattes du plancher et celles du plafond. Ça n’empêche que ça reste une belle maison bien habitable qui nous met à l’abri de l’orage qui vient d’éclater tandis que nous prenons l’apéro. Pas un bête petit orage de banlieue parisienne. Non. Un bien gros, bien au-dessus de nous, avec un tonnerre qui pète bien et des éclairs bien synchronisés. Le problème, c’est que quand on ressort, tout est mouillé, mais au lieu de rafraîchir, ça ne fait que rendre la chaleur encore plus moite. Ca fait hammam, quoi. Nous restons quand même quelques minutes dehors, juste le temps nécessaire pour apercevoir un opossum qui file entre les voitures garées et disparait dans le jardin de la maison d’en face.
Ces messieurs ont préparé le repas du soir, et il est bien 21 heures passées lorsque nous nous mettons à table. Mais là, j’avoue, j’ai pas vraiment faim. Ça fait 24 heures que nous sommes debout, et j’ai les yeux qui commencent à se fermer tous seuls. Donc, on ne tardera pas trop à aller faire dodo. Pour cela, il suffit juste de gonfler le gros matelas deux places de Christine… On n’en a pas fini avec ce matelas.
Mais ça, c’est une autre histoire...



