VIP : Natchez - J3
Lundi 30 juillet 2018
Natchez : Nom de la tribu indienne qui occupait le site de l'actuelle ville avant l’arrivée des colons français. La ville de Natchez (Etat du Mississippi) est la plus ancienne colonie établie sur le fleuve Mississippi. Il s’agissait à l’origine d’une place forte édifiée par les français en surplomb du fleuve au début du XVIIIème siècle : le Fort Rosalie.
Autant dire que c’est un lieu chargé d’histoire qui nous attend. Alors en prévision de cette journée de visite intensive, rien ne vaut un bon petit déjeuner. En plus j’ai bien besoin de réconfort : l’oreiller étant beaucoup trop épais, j’ai été réveillée à 4h du matin par une super migraine cervicale. Un cachet et un oreiller en moins plus tard, j’ai heureusement pu me rendormir jusqu’à 7h30.
A 8h15, Lolotte et moi nous présentons au lobby pour le petit-déjeuner. Nous sommes complètement seules dans la salle. Les opérations café et thé sont un peu hasardeuses (c'est pas bon, quoi), mais on peut faire ses gaufres soi-même. Le temps de comprendre comment marche l’appareil, et me voilà devenue une pro de la gaufre. Ça, j’ai adoré !
Nous partons vers 9h30 pour le Visitor Center, construit sur la falaise qui surplombe le Mississippi. De jour, ça va tout de suite beaucoup mieux pour l’orientation. Le Visitor Center est un immense bâtiment avec une jolie exposition sur les Natchez, le coton, l’histoire de la ville. Tiens un livre d’or… Allez, je signe.
Bien m’en a pris, car l’un des agents d’accueil l’a vu et m’en remercie chaleureusement, ce qui fait que la discussion s’engage très facilement. Il nous propose de visionner un petit film sur l’histoire de Natchez, qu’ils vont démarrer dans la salle de projection juste pour nous ! Sa collègue nous demande nos centres d’intérêt et nous dit que pendant ce temps, elle va nous préparer quelque documentation pour nos visites. C’est trop bien, d’être traitées en VIP…
Le film est intéressant, et heureusement pas trop long. En sortant, la dame nous montre les brochures sélectionnées, avec les bâtiments à visiter en priorité et leurs horaires d’ouverture. Après les avoir chaleureusement remerciés, nous décidons d’aller voir le Fort Rosalie et Rosalie Mansion, qui sont tout près de là. Ça nous évitera d’avoir à reprendre la voiture tout de suite. Nous essayons aussi d’apercevoir le Mississippi, mais la vue n’est pas formidable. Il y avait bien un point de vue depuis le Visitor Center, mais on voit surtout l’impressionnante végétation qui recouvre les flancs de la falaise jusqu’à l’eau. On a l’impression qu’elle est en train de tout dévorer… Et nous ne sommes pas au bout de nos surprises de ce point de vue.
Pont sur le Mississippi et végétation luxuriante / Le Visitor Center
Il commence à faire très chaud, et nous marchons le plus possible à l’ombre. Finalement, la voiture ça n’aurait pas été une si mauvaise idée.
Le site de Fort Rosalie se résume finalement à quelques levées de terre recouvertes désormais d’herbe et d’arbres. Il n’en reste pas grand-chose si ce n’est des panneaux explicatifs. Un peu plus loin, nous arrivons enfin à Rosalie Mansion, une demeure antebellum datant de 1820, construite sur une partie du site de l’ancien fort par un riche planteur comme pied-à-terre en ville. Ici, il pouvait gérer ses affaires, mais aussi avoir une vie sociale plus intéressante que sur sa plantation. Pendant la guerre civile, la maison fut réquisitionnée comme quartier général par l’armée nordiste, et quelques souvenirs de cette période ont été conservés. Nous arrivons pile-poil pour la visite guidée, mais malheureusement, comme dans beaucoup de bâtiments d’époque, les photos sont interdites à l’intérieur de la maison. Mais on pourra toujours profiter de la superbe vue sur le fleuve depuis la terrasse du premier étage. Inutile de dire que Peter Little, à qui on doit Rosalie Mansion, n’a pas choisi le site le plus moche : c’est la plus belle vue du coin sur le Mississippi.
Rosalie Mansion
Cloche du navire USS Mississippi (1917) / Le jardin
En sortant, il fait encore plus chaud. Ou peut-être est-ce le contraste avec la climatisation de la maison qui me rappelle celle des salles informatiques. A chaque fois qu’on entre ou qu’on sort de quelque part, c’est le choc thermique. Avec tout ça, si on ne finit pas malades, nous aurons de la chance. Nous décidons donc d’aller récupérer la voiture pour faire un petit tour dans Downtown. Et la première chose qu’on constate, c’est qu’il y a de très belles maisons à peu près partout, qu’elles soient cossues, en briques et pierres, ou plus modestes et en bois. Par contre, il n’y a pas grand monde dans les rues. Et pour repérer un restau, ce n’est pas évident non plus. Finalement, nous optons pour le Pig Out Inn Barbeque, qui comme son nom l’indique, est un spécialiste du BBQ. Le restaurant a des allures de vieux hangar squatté, avec du mobilier de bric et de broc, mais c’est assez sympa quand même. La déco met à l’honneur les petits cochons. Même dans les toilettes !
Le Pig Out Inn Barbeque
Ladies room
Ici, on commande au comptoir, puis on se trouve une place où on veut (sous les ventilateurs !!!!). C’est très copieux, et personnellement, je trouve ça très bon. Je crois que Lolotte a été un peu moins fan. Mais ce qu’elle n’a pas apprécié du tout, c’est l’odeur de cochon grillé qui s’est imprégnée sur sa veste, laquelle va faire tout le voyage à l’arrière de la voiture (oui, après une semaine, ça sentait toujours).
Sous une chaleur écrasante, nous reprenons la voiture et décidons d’aller voir les sites un peu plus éloignés du centre-ville, en commençant par le cimetière… dans lequel nous rentrons … en voiture. Euh… Est-ce qu’on a le droit d’être là ? C’est un peu gênant, non ? En même temps, y’avait pas de panneau à l’entrée, et il y a des panneaux de limitation à 10 miles/h. Oui, mais c’est quand même bizarre. De toute façon, il n’a rien de transcendant, ce cimetière. Et nous n’avons même pas d’infos pour trouver une éventuelle tombe « remarquable ». A se demander pourquoi ils en font un site à ne pas manquer.
Nous repartons donc en direction de Melrose, une plantation à l’extérieur de la ville, avec parait-il une façade remarquable. Son intérêt : la visite de la maison est payante, mais celle des jardins et des dépendances est gratuite.
Alors pour être honnête, je n’aime pas du tout la façade. Elle est encore plus pompeuse que tout ce qu’on a pu voir jusqu’ici, avec ses deux immenses colonnes de péristyle en imitation marbre. Mais le reste est intéressant : juste derrière la maison, on peut voir deux bâtiments où logeaient les esclaves, et un peu plus loin au bout du jardin, des cases dans lesquelles est présentée une exposition sur la vie des esclaves du domaine avant la guerre civile, et ce qu’ils sont devenus ensuite. Et c’est très instructif, parfois édifiant, comment dans ces extraits de lettres de la maîtresse du domaine, où elle parle du mariage qu'elle à autorisé pour l'un de ses esclaves, et explique combien ils ont de la chance de vivre à Melrose, et de l’avoir comme maîtresse, et combien elle est bonne pour eux.
Melrose Plantation : habitation principale
Le jardin
Les logements des escalves de maison et les dépendances / Le quartier des esclaves de la plantation
Le ciel était menaçant en arrivant, et voilà les premières gouttes qui tombent. Le temps pour nous de rejoindre la voiture, et l’orage est là. Nous repartons en direction de Longwood, qui nous a été chaudement recommandée ce matin. En espérant qu’il ne soit pas trop tard, car les sites ferment tôt, dans la région. A l’entrée du domaine, il faut payer 18$ par personne pour pouvoir entrer. Et comme on ne voit pas la maison d’ici, on ne peut pas savoir si ça vaut le coup. Allez, on fait le pari que oui. Nous roulons sur un chemin dans la forêt et tombons bientôt sur un large espace plus clair, au centre duquel a été bâtie la maison. A première vue, il est difficile de se rendre compte, car on n’a pas assez de recul pour l’appréhender complètement. Contrairement à ce que nous avons vu, il n’y a pas de grande allée d’arbres menant à l’habitation principale, ici. Et peu de bâtiments de dépendances.
Il est 16h05. Nous venons de rater le départ de la visite, mais il y en a une à 30, alors on va patienter. Mais alors que nous sortons de la voiture, un monsieur nous hèle depuis la maison et nous fait signe de venir. Je lui demande si on peut rejoindre la visite en cours de route, mais en fait, non. Il nous propose de nous faire la visite lui-même. Nous avons donc le plaisir de suivre Jerry dans une visite complètement privée. On est trop des VIP ! Il se fait un plaisir de nous raconter, au fil des pièces, l’histoire de Longwood, qui était le rêve de Haller Nutt pour son épouse Julia. La maison a été en effet bâtie sur les terres où Julia venait étant petite, et que Heller a achetées pour elle. Au début des travaux, ils vécurent dans un bâtiment tout proche du chantier. Puis ils emménagèrent dans le sous-bassement (rez-de-chaussée), destiné à devenir ensuite les dépendances, une fois que la partie noble de la maison (les étages) serait terminée. C’est ce rez-de-chaussée que nous visitons, construit sur un plan octogonal, où tout s’articule autour d’une pièce centrale. Prenant modèle sur un palais oriental, la maison devait s’enorgueillir de 32 pièces, 26 cheminées, 115 portes et 96 colonnes, et être surmontée d’un immense dôme dans lequel viendrait se loger un observatoire astronomique. Malheureusement, la guerre mit un terme au rêve de Haller qui mourut ruiné en 1864, à 48 ans. La maison ne fut jamais achevée. Elle est restée en l’état, et on visite donc le rez-de-chaussée, seule partie habitable et meublée, mais aussi le premier étage où seuls se dressent quelques murs sans portes, quelques ouvertures sans fenêtres, et où l’on a l’impression que les ouvriers ont juste fait une pause et vont revenir continuer le travail. En levant la tête, on a une vue imprenable sur la charpente du dôme. La visite est un régal. Nous discutons beaucoup avec Jerry, posons des questions, plaisantons… A tel point que la visite a duré 1 heure, et non 30 minutes, et qu’après nous, on ferme les portes.
Longwood
Le 1er étage / La charpente du dôme
Ravies de notre étape, nous repartons vers Natchez en faisant un détour par Under-the-Hill, le quartier au bord du Mississippi où accostaient les vapeurs qui naviguaient sur le fleuve. A cette époque, les docks étaient les bas-fonds de la ville. On y trouvait des marins, des voyous, des bouges. Il ne faisait pas bon s’y promener le soir quand on faisait partie de la bonne société. Aujourd’hui, Under-the-Hill s’est transformé en petit quartier pittoresque et touristique, avec quelques restaurants. Malheureusement, il est difficile de s’y garer car il y a peu d’espace. Et se taper toute la montée vers Downtown à pieds, non merci. Nous décidons donc d’aller plutôt du côté du belvédère qui surplombe Under-the-Hill, avec une jolie vue sur le fleuve.
De là, maintenant qu’il fait un peu meilleur, nous poussons à pieds vers le centre, car il y a de très belles maisons à voir. C’est devant l’une d’elle que soudain, alors que je viens de traverser une bande de gazon pour gagner le trottoir, je sens une affreuse piqûre très douloureuse sur le pied. Je viens de faire connaissance avec les fourmis rouges du coin. Et ça fait mal ! Et ça démange ! Et en voilà une deuxième ! J’essaie de m’en débarrasser, mais elles se coincent dans les lanières de mes tropéziennes. Il faut enlever la chaussure. Elles sont petites, mais elles ne m’ont pas ratée. Huit mois plus tard, j’ai encore une cicatrice.
Ancienne caserne de pompier / Basilique St Mary
Rues de Natchez
Choctaw Hall / William Johnson House (demeure d'un ancien esclave affranchi qui avait prospéré en tant que barbier)
Reprenant la voiture, nous décidons de passer le fleuve pour aller voir l’autre rive, Vidalia, où il y a un très beau « front de rivière » (si si, un riverfront). D’ici, on voit bien le pont métallique à l’architecture typique du fleuve. On voit bien également la structuration de Natchez, avec sa falaise couverte de cette plante que nous avons remarquée ce matin, et ce petit bout d’espace qui sert de port et de docks. Mais malheureusement, le ciel est toujours bien lourd, couvert. Ce n’est pas aujourd’hui que nous aurons notre beau coucher de soleil sur le fleuve.
Pont sur le Mississippi
Natchez / Under-the-Hill
Nous repartons donc en quête d’un supermarché pour le repas du soir. En rentrant au motel, la douche est bienvenue. Et comme nous sommes exténuées, ce sera dîner tranquille devant la télé, soi-dit en passant inintéressante.
































